français

FemLink

En 2005, Véronique Sapin (plasticienne et commissaire d'exposition), et C.M. Judge (artiste intermédia, USA) proposent la création d'un collectif international de plasticiennes autour d'oeuvres vidéos communes.

Tout artiste a la prétention à l’universalité, or, cela fut refusé aux femmes pendant des siècles, non seulement par interdiction d'accèder à la création mais aussi et d’abord à la formation et à l’enseignement. Celles qui dépassèrent les interdits furent, soient occultées par l’histoire, soient infériorisées et dévalorisées par l'assignation à ce qui fut taxé péjorativement, d’art féminin.

Cet ostracisme, de nombreuses femmes le vivent encore dans de trop nombreuses régions du monde. FemLink tient à leur ouvrir des portes. Elles sont artistes et doivent être reconnues comme telles, FemLink les y aidera

Veronique Sapin et C. M. Judge ont crée FemLink avec cette idée utopique de construire des liens entre les artistes et leur travail tout en formant un réseau dont les membres reconnus internationalement permettent d'ouvrir des portes aux artistes excellentes mais inconnues.

 

CONCEPT

Une Plasticienne / une Vidéo / un Pays / un thème commun.

Dans chaque pays, une artiste crée une œuvre-vidéo de 2mn maximum qui vient s’ajouter à celles d’autres artistes afin de constituer un « collage » -vidéo autour d'un même thème.

Les collages-vidéos sont considérés eux-mêmes comme des oeuvres composées d'oeuvres vidéos singulières.

Elles sont actuellement 149 vidéo-plasticiennes, elles viennent de 64 pays.

 

PRINCIPE : RESONANCE AVEC LE MONDE

La diversité culturelle n’est pas un slogan vide pour FemLink, association dont le nom même revendique le lien, lien entre des femmes artistes du monde, à travers le monde, au-delà des nationalités et des cultures. Notre collage-vidéo s’adresse à toutes et tous et à chacun(e) porté(e) par la conviction qu’une œuvre doit, pour reprendre l’expression de Françoise Collin, faire sens humain.

La diversité culturelle est la base même de notre collage-vidéo, qui s’en nourrit, s’en enrichit. En effet, à la fois autonomes et singulières, les œuvres de ce « collage-vidéo » résonnent avec le monde, à leur manière, celle de l’art, elles résonnent en ouvrant des perspectives, en esquissant de nouvelles visions, en ouvrant des possibles.

Ainsi Femlink sillonne-t-elle le monde en tous sens, jusqu’à former un réseau, qui loin d'imiter la toile web, se veut créatrice de réelles relations entre les femmes de cette association. Un tel réseau ne peut vivre que par des flux vivants : flux esthétiques d’œuvres et d’artistes. En effet, contrairement à la logique du passage qui s’est substituée à celle des territoires, nous voulons réanimer un espace fécond de différences salutaires. Les œuvres de Femlink loin de vouloir absolument se libérer de toute identification culturelle spécifique déploieront dans le collage-vidéo, si tel est le souhait de l’artiste, la trace de leur ancrage territorial et singulier.

Longtemps, l’esthétique s’est vu imposer des frontières, s’est vue dominée par des questions de délimitations, d’exclusions, de légitimités et de hiérarchies. Et elle servait à défendre les territoires ainsi cloisonnés, à légitimer ces frontières tenues par certain(e)s, à assurer la souveraineté d’un certain type d’art contre tout autre.

Femlink s’est constituée contre cette exclusion à la parole, pour effacer les frontières entre les œuvres et le monde et pour que d’autres points de vue, d’autres façons d’approcher le monde soient provoquées.

Pour qu’un autre monde soit possible, un autre monde ouvert à égalité aux autres, tous les autres, nous pensons qu’écouter d’autres formes d’expressions, d’autres rapports, d’autres expériences s’impose; nous voulons Femlink, en résistance à l'uniformité, comme passeure d’œuvres entre flux et territoires. Pour que s’avère l’impulsion susceptible d’enclencher des dynamiques, nos voix sont multiples, comme autant d' expressions de l’altérité.

Femlink souhaite ainsi rassembler la force immense et singulière de la culture et de l’art au service des valeurs humaines, du dialogue, de la paix, et de la reconnaissance de l’autre. Libérer les forces de la culture et de l’art pour réinventer la vie, pour faire dériver ce monde-ci vers un autre monde à visage humain.

 

L'UNIVERSALITE ET LA SINGULARITE

« Aujourd’hui, la prétention à l’universalité ne contraint plus les artistes à sacrifier la part d’elles-mêmes ou de leur histoire qui aurait entraîné leur relégation dans le genre dévalorisé d’art féminin. Là réside la grande libération. Trente ans après Tapta, dans Cogito ergo sum, Rose Marie Trockel, artiste allemande, utilise sans complexe le tricot pour rappeler que les femmes sont des êtres pensants. Entre ces deux artistes a surgi le féminisme. Tapta s’affirme au moment où le féminin est encore honteux. Trockel arrive. Ce que Tapta s’interdit, utiliser les techniques féminines traditionnelles (la couture, le tricot à moins d’en changer d’échelle et de recourir à des formats géants), Trockel s’en délecte non sans humour : jouant plusieurs cartes, elle s’approprie d’un coup le minimalisme, le tricot et la philosophie. »

En Occident, nous avons la chance, selon la formule de Nadine Plateau, d’arriver « après l’affirmation joyeuse d’elles-mêmes par les femmes ». Mais il a fallu aux femmes des siècles de lutte pour y arriver. Notre collage-vidéo ne fait appel qu’à des femmes, dans l’espoir, l’utopie d’intervenir dans le mouvement de l’histoire, dans les régions du monde où le simple fait d’être une femme condamne tout avenir singulier… et il leur/nous faut encore et toujours rester vigilantes devant le retour des exclusions à leur encontre.

Même si la plupart d’entre-nous ne fondent pas sa création dans une référence à un domaine qui serait féminin, bien que nous laissions sans doute indirectement notre condition de femme marquer certains aspects de nos vidéos, notre collage-vidéo ne cherche pas à défendre un art vidéo féministe ni même un art vidéo de femme, mais défend des vidéos artistiques que des femmes uniques et singulières ont réalisées.

Et même si nous n’oublions pas qu’en toute femme, qu’elle soit artiste ou non, féministe ou non, résonnent les idées et les pratiques du mouvement féministe. « Chaque artiste, l’antiféministe incluse, a pu trouver son compte quand les militantes ébranlèrent les institutions et les valeurs du monde de l’art dominé par les hommes » Nadine Plateau.

Notre espoir, c’est que nos collages-vidéos puissent, à condition d’être largement diffusés, montrés, exposés, contribuer à cette ouverture du monde, un monde pluriel et dès lors plus juste.

Véronique Sapin

 

(Nour remercions Nadine Plateau de nous avoir permis de nos inspirer de son article "Art et féminisme: le malentendu ?" pour l'écriture de ce texte).

english

FemLink

In 2005, the visual artist and curator Veronique Sapin (France) and the intermedia artist, C.M. Judge (USA) proposed the creation of common art-works which can include women-artists from every where in the world.

Every artist aspires to universality, but women were not allowed to do so for centuries; not only were they forbidden access to creation but also to training and teaching. Either female artists were overlooked by history or those who transgressed the rules were regarded as inferior and relegated to what was derogatorily called "female art."

Today, many women feel still ostracized in too many parts of the world. As artists, they must be acknowledged - this forms a major component of the Femlink mission.

 

CONCEPT

The structure is simple: one artist / one country create a short video for FemLink (2 min. maximum) around a common topic.

The videos are included in video-collages. The collage is considered itself as an artistic video work made up with singular videos. Each video takes part definitely to the collage.

Since 2005, 149 artists from 64 countries have been invited to participate to height videos-collages.

 

PRINCIPLE : ECHOING THE WORLD

Cultural diversity is no empty slogan for Femlink, an association whose very name points to the link between female artists throughout the world, beyond nationalities and cultures. Our video collage speaks to everyone who is convinced that a work of art, using Françoise Colin’s phrase, should ‘make human sense’. Cultural diversity is the root of our video collage; its sustenance and richness. Both autonomous and singular, the works of this video collage echo the world, in their own artistic way, opening prospects, offering new views and providing possibilities.

Thus Femlink travels around the world until it can create a network which, far from imitating the Web, aims at tying real bonds between the women of the association. Such a network can live only through living connections: aesthetic connections between works and artists. We hope to bring back to life a place that benefits greatly from our differences. However the works of Femlink, far from setting themselves free from any particular cultural identification, will express, should the artist wish so, the print of their territorial and singular roots.

For a long time, aesthetics were imposed upon by boundaries and dominated by questions of limitation, exclusion, legitimacy and hierarchy. This served to defend compartmentalized territories, legitimate the boundaries kept by some, and safeguard the sovereignty of one kind of art against all the others.

Femlink was created to in opposition to speech exclusion, boundaries between the works and the world so that other views, other ways to comprehend the world might be allowed.

In order to live in a different world, a world open to others -- no matter who -- we value paying attention to other forms of expression, other relationships and other experiences. Resisting uniformity, we prefer for Femlink to convey the flow of energy between these multiple "territories." To make this dynamic multicultural dream come true, our voices are multiple, multiplying our connections to others.

Femlink wishes to gather the grand, encompassing power of culture and art to serve human values, create dialog, promote peace and acknowledgment of others. Liberating the powers of culture and art entails reinventing life; and in doing so we create change in this world, change that make our world more human.

UNIVERSALITY AND SINGULARITY

“Today, aspiring to universality does not oblige artists to sacrifice part of themselves or their own history which would have relegated them to the secondary female art genre. Here lies the great liberation. Thirty years after Tapta, in Cogito Ergo Sum, Rose Marie Trockel, a German artist, crochets unashamedly to remind us that women are thinking beings. Between these two artists feminism has sprung up. Tapta asserted herself at a time when feminism was still shameful. Trockel appears. What Taptal forbade herself to do, i.e use traditional female techniques (sewing, knitting unless she changed the scale and used large-sized patterns), Trockel enjoys doing with a sense of humor: playing several cards, all at once she appropriates minimalism, knitting and philosophy.”

In Western countries, we are privileged, as Nadine Plateau’s writes, to come “after women’s happy self-assertion”. However, this was accomplished only after centuries of struggle. Our video collage, solely involves women, hoping, a crazy hope, to interfere with the movement of history especially in parts of the world where the very fact of being a woman keeps her away from any singular future. We all must keep alert to prejudices against women resurfacing. Regardless of whether or not our creations directly refer to feminineness as such, or whether our condition as women directly or indirectly influences some aspects of our videos, our video collage does not aim at defending a feministic video art or even a women’s video art but rather celebrates and supports artistic videos made by unique, singular women. We are mindful that for every woman, an artist or not, a feminist or not, the ideas and practices of the feminist movement exert some influence in her life. “Every artist, even the anti-feminist, derived some benefit from the activists when they shook the establishment and the values of the world of art dominated by men.” Nadine Plateau.

Our hope is that our video collage may, as it is broadcast and widely exhibited, contributes positively in a just way to our diverse worl.

Veronique Sapin

 

(This text is in part inspired by the article "Art et Féminisme : le malentendu ?" from Nadine Plateau. Thanks to her for her authorization.)